Cornelia Kauhs

idpure magazine

Interview de la journaliste Jane Cheng avec

Cornelia Kauhs, Formatrice en Visual Facilitation

paru dans le journal IDPURE 30, 2013.


Quels sont les objectifs de la Visual Facilitation?
Il existe trois domaines de Visual Facilitation: le travail en équipe, les présentations ou les sessions de formation et le Graphic Recording. Dans le travail en équipe, les participants utilisent la Visual Facilitation pour travailler ensemble, les animateurs et les formateurs peuvent utiliser la Visual Facilitation pour exprimer leurs idées, et les "reporters graphiques" viennent de l'extérieur dans une réunion pour en faire un reportage sous forme de graphique.
L'objectif de ces trois formes de facilitations est simple: les participants se souviennent et comprennent mieux les informations, et ce, de façon plus active. Les facilitateurs visuels ne veulent pas remplacer l'écrit. Ils désirent rendre la communication plous intelligente en l'enrichissant avec des graphiques.

 

Comment se caractérise une bonne Visual Facilitation?
Dans une réunion efficace, les participants sont activement impliqués et tout le monde se sent intégré. Les participants doivent également pouvoir, et vouloir, utiliser ultérieurement ce qu'ils ont appris. Quel que soit le contenu, la Visual Facilitation peut aller jusqu'à augmenter la mémorisation du contenu de 60%.

 

Quel lien existe-t-il entre la facilitation graphique et le graphisme?
À bien des égards, ils partagent des objectifs. Cependant, alors que les graphiste doivent produire un travail qui soit plaisant du point de vue esthétique, les reporters graphiques doivent uniquement rendre le travail visuel.

 

Dans les livres sur le Graphic Recording, les reporters graphiques expliquent souvent que les reporters graphiques "pensent comme les concepteurs". Qu'est-ce que cela signifie?

Les graphistes tout comme les facilitateurs graphiques pensent en matière de surface et de présentation. Et au lieu de penser du haut vers le bas, la façon dont nous écrivons, nous pensons en matière de présentation. Ces présentations peuvent être soit spontanées, soit planifiées, comme dans le cas des tableaux ou des modèles. Mais les facilitateurs graphiques se concentrent probablement moins sur le résultat de leur travail que sur le processus.

 

Est-ce que l'aspect des dessins a une importance?
Oui ou non. Ce qui est important c'est que les participants vivent le processus et que les graphiques soient lisibles pour eux. Dans la facilitation graphique, ce qui compte, ce sont les participants. Le résultat n'a pas vraiment d'importance. Mais bien évidemment, un graphisme agréable accroît la valeur du message.

 

Pouvez-vous nous parler du style de vos images? Comment savez-vous quel type de pictogrammes ou de graphiques vous devez faire?
Dans une certaine mesure, chaque facilitateur a son propre style. Actuellement, les méthodes de Neuland et la Kommunikationslotsen sont assez prisées en Suisse. Personnellement, le livre de Dan Roam, The back of the napkin, m'a beaucoup inspirée. Son esthétique est très sobre et il utilise des personnages bâtons pour simplifier des idées complexes.

 

Pensez-vous que votre langage graphique soit international? Pourquoi ou pourquoi pas?

Oui, je pense qu'il est international. Par contre, pour certains concepts, des personnes ayant une culture autre que la culture occidentale choisiraient certainement d'autres symboles. Ainsi, en Occident, nous représenterions la religion avec une croix. Il est évident que dans certaines cultures cela serait sans doute incompréhensible. Mais tous les peuples et les cultures utilisent le langage des symboles.

Est-ce que la facilitation graphique peut-être utile dans d'autres domaines que le monde de l'entreprise?
Oui, en particulier dans l'éducation. J'organise des ateliers sur les méthodes d'enseignement graphique avec les écoles pédagogiques (HEP) de Lausanne et Fribourg. J'ai entre autres travaillé avec des enseignants dans les les classes d'intégration. Leurs graphiques peuvent être utiles pour communiquer avec les parents ou les étudiants qui ne parlent pas la langue du pays. Un enseignant a utilisé des graphiques pour utilisé des graphiques pour indiquer ce que les étudiants doivent apporter avec eux pour une visite de terrain.

 

Quelle est la différence entre une illustration et la communication visuelle?

C'est la différence entre une image représentant quelque chose et une métaphore ou un symbole pour ce quelque chose. Par exemple, j'utilise souvent l'image d'un cactus pour représenter un problème.
Le cactus dans ce cas n'est pas l'illustration d'un cactus, mais c'est une métaphore pour la "problématique" du concept. Le mot associé avec l'image crée ce nous appelons un "sandwich graphique". Cette association apporte une plus grande contribution émotionnelle.

 

Comment les symboles que vous utilisez naviguent-ils entre le personnel et l'objectif? En quoi ces signes aident-ils des personnes aux vécus différents à trouver un terrain d'entente?

Une émotion s'exprime souvent de façon plus flagrante dans des dessins que dans une discussion. Sur un plan personnel, des éléments inconscients peuvent être facilement exprimés dans des dessins, par exemple, dans le cas où un participant dessine son rôle au bureau avec un personnage seul dans un coin. D'autre part, il existe des symboles collectifs qui ont le même sens pour tout le monde et que l'on peut utiliser pour rapprocher des groupes. La communication est plus claire avec des dessins et des croquis. En tant que formateur graphique, il faut toujours trouver un équilibre entre les clichés et l'expression individuelle afin d'arriver à des contributions nouvelles et neutres.

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